Etude de l'espace dans la nouvelle

Publié le par Touati

L'ESPACE

 

 

Disposant d'un nombre restrient de lieux, la nouvelle leur accorde une place importante et un retentissement particulier sur le plan de la signification ( La chute de la maison Usher de Poe, La maison Tellier de Maupassant). L'espace schématisé tend à se ramener à une figure obsessionnelle, abstraite, à une sorte de thâtre réduit qui estompe les effets du réel.

 

            A. LES FONCTIONS DE L'ESPACE

 

            TEXTE 3

                        "Pourquoi suis-je entré, ce soir-là, dans cette brasserie? [...] D'un coup d'oeil  je cherchai une place où                                          je ne serais point trop serré, et j'allai m'asseoir à côté d'un homme qui me parut vieux et qui fumait une                                     pipe de deux sous, en terre, noire comme un charbon. Six ou huit soucoupes de verres, empilées sur la                                     table devant lui, indiquaient le nombre de bocks qu'il avait absorbés déjà"

                        (Garçon, un bock I, G. de Maupassant)

                       

 

            a) La fonction référentielle

La description des lieux s'efforce de reproduire le monde réel en créant des "effets de réel". La toponymie, l'évocation précise des lieux donnant l'illusion que le monde de la nouvelle appartient au monde réel. La Corse de Mérimée, la campagne normande chez Maupassant, Saint-Pétersbourg chez Gogol, s'ancrent dans la réalité. Dans Garçon, un bock! (texte 3), le nombre de bocks déjà consommés et le prix modique de la pipe en terre sont autant de "petits faits vrais" qui cherchent à créer l'illusion du vrai.

 

            b) La fonction dans l'intrigue

Au service du récit, la description de l'espace met en place le dispositif de l'action. On notera une prédilection de la nouvelle pour les lieux publics: trains (les nouvelles de Maupassant), les gares (La fille aux longs cheveux de Böll), bateaux (un paquebot dans Le Joueur d'échecs de Zweig), cars (Les étrangers de C. McCullers), chambres d'hôtel (Chambres d'A. Saumont), cafés (Garçon, un bock! de Maupassant), restaurants, etc. Remplissanr des fonctions données d'avance, ces lieux stéréotypés n'ont pas besoin d'être décrits au lecteur. D'autre part, dans le cas de la "nouvelle-cadre", ils s'installent une situation de communication et déchlanchent l'act de narration à l'origine de l'histoire enchâssée. Enfin, comme microcosmes, ces "lieux communs" favorisent la rencontre entre des personnages antithétiques sur le plan psychologique, moral ou sociologique.

 

            c) La fonction symbolique

 

Le cadre, le décor, les lieux, ouvrent sur des significations qui permettent d'interpréter et de comprendre le texte. Dans le texte3, la description de l'atmosphère de la brasserie renvoie symboliquement à la dégradation sociale du personnage. Dans Mateo Falcone (Mérimée), l'opposition entre le haut et le bas, le maquis et la ville, recouvre une opposition entre deux systèmes économiques (le don/le marché), deux systèmes de valeurs (l'honneur/ la bassesse morale) et deux cultures différentes. L'espace signifie souvent à travers des rapports d'antithèse, qui opposent l'intérieur et l'xtérieur, la clôture et l'ouverture, l'immobilité et le mouvement comme dans Une partie de campagne (Maupassant).

 

            B. DE L'ESPACE CONCRET A L'EPREUVE ABSTRAITE

                       

                        a) La clôture tragique

Souvent, l'espace donne l'impression de se resserrer dramatiquement autour du personnage. Situé au dénouement, le texte 4 montre comment un dispositif spatial peut devenir un instrument de torture. D'abord carré avec un pendule acéré descendant vers le corps attaché, le cachot se métamorphose en un losange infernal qui menace de plonger le prisonnier dans le vide.

 

            TEXTE 4

 

            "Son centre [celui du losange] placé sur la ligne  de sa plus grande largeur, coïncidait juste avec le gouffre béant.             J'essayai de reculer, - mais les murs, en se resserant, me pressaient irrésistiblement. Enfin, il vint un moment où             mon corps brûlé et contorsionné trouvait à peine place pour mon pied sur le sol de la prison" (Le puits et le pendule,             E. Poe).

 

 

Au fur et à mesure que le récit de la nouvelle tend vers sa fin, les perspectives d'évanouissent, faisant peser la fatalité et conférant au huit-clos une dimension tragique. Le thème de claustration se concrétise à travers des prisons au sens propre ( la cellule de l'Inquisition dans le texte 4,  le cachot de Don José dans Carmen, l'entassement cellulaire dans Le mur de Sartre) et au sens figuré (la chambre comme prison mentale).

 

                        b) Une représentation abstraite de l'espace

La réduction de l'espace au cours de la nouvelle épouse souvent le passage de l'ordre de la topoligie à la structure de l'espace psychique, du topique. Dans Le puits de le pendule, la figure psychologique du narrateur confronté à son autre moi dans l'espace du cauchemard. Dans la forme simple de lla nouvelle, les lieux tendent à se raprocher du schème, de l'épure. La figure géométrique abstraite: le rhizome chez Kafka ou le labyrinthe chez Borges. Pour Cortazar, la nouvelle trouve une expression métaphoriquedans la sphère, "cette forme sans aucun superflu, qui se ferme totalement sur elle-même".

L'espace peut mêmeapparaître comme le lieu de l'engendrement textuel. Dans le prologue de La perspective Nevski de Gogol, la description spatiale du décor urbain semble avoir surtout une fonction référentielle. Or, au cours de la nouvelle, la ville devient l'espace de l'alinéation des personnages avant de s'irréaliser en un trompe-l'oeil dans l'épilogue (texte 5), en un mirage producteur de fictions (l'épisode du rêveur tuépar son rêve et l'aventure du lieutenant Pirogov).

 

            TEXTE 5

 

            "Oh! ne vous fiez pas à cette perspective Nevski! Moi, je m'enveloppe toujours étroitement dans mon manteau    quand je la parcours, et je m'efforce de ne jamais regarder ce que je croise. Tout est leurre, tout est rêve, tout est          autre qu'il ne paraît." (La perspective Nevski, N. Gogol).

                       

                        c) L'ordre spatial et l'ordre temporel

 

La nouvelle semble être, selon P. Tibi, l'enjeu d'une tension "entre le poétique et le narratif, l'ordre spatial et l'ordre processif". Elle s'articule d'un côté sur une dimension temporelle (le trajet narratif et les séquences d'action), et de l'autre sur une dimension a-chronique,paradigmatique (le lexique, les métaphores, la voix, le point de vue, etc.) qui l'apparente au tableau.

Les nouvelles de Tchekhov ou de V. Woolf cherchent moins à raconter une histoire qu'à fixer un état d'âme, une atmosphère.

Même si la linéarité du discours oblige à étaler les scènes et les descriptions dans le temps, la nouvelle donne l'impression de vouloir restituer la richesse de l'instant ou de créer une "unité d'impression" comme chez Poe.

 

            TEXTE 6

 

            "Mon imagination avait si bien travaillé, que je croyais réellement qu'autour de l'habitation et du domaine planait une             atmosphère qui lui était particulière, ainsi qu'aux environs les plus proches, -une atmosphère qui n'avait pas d'affinité             avec l'air du ciel, mais qui s'exhalait des arbres dépéris, des murailles grisâtres et de l'étang silencieux-, une vapeur             mystérieuse et pestilentielle, à peine visible, lourde, paresseuse et d'une valeur plombée" (La chutte de la maison             Usher, E. Poe).

 

Décrire au début de la nouvelle, la maison Usher enferme le destin des personnages dans un temps, un espace, une "atmosphère"lugubre qui lui sont propres. Sphère où tout est en rapport avec tout, elle symbolise la "totalité d'effet" visée par l'oeuvre de Poe. Cette opposition entre le plan de la succession temporelle (une suite d'actions) et le plan de la configuration spatiale (le texte comme un tout avec un commencement et une fin), caractéristique générale de l'oeuvre littéraire, paraît esenteille à la construction du sens en raison de la brièveté de la nouvelle.

 

Franck Evrard, La nouvelle, Seuil, 1997 (pp 20, 21, 22, 23)

Publié dans Atelier d'écriture

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Khelifi Sabrina 22/02/2008 13:52

Bonjour madame,merci pour ce blog,c'est gentil de votre pasrt de penser à nous;madame je voulai vous apprendre que je ne pourai assister demain ,soyez compriensive,maerci.

sidane 18/02/2008 08:41

bonne continuation pour votre blog(ou je devrais dire notre blog)...c'est intéressant de savoir qu'il ya une reflexion sur la méthode d'enseignement...ça nous permettera de sortir de l'inertie habituelle...mes encouragement

Maâdi 12/02/2008 19:24

bonsoir et bonne continuation.

YAHIAOUI KAHINA 12/02/2008 16:21

merci et bonne continuation

Touati 11/02/2008 23:02

Lisez attentivement l'article.
Identifiez les fonctions de l'espace dans la nouvelle de Maupassant "la parure"